" Un autiste profond passe sa vie en prison. Un Asperger la passe au zoo..." - S.F -

mardi 23 mai 2017

"Le Prédicateur" (nouvelle) : un bref instant de la vie d'un Asperger, vue de l'intérieur...

LE PREDICATEUR





Il rentrait du bahut et franchement, franchement il en avait plein la tête.

Dès la sonnerie de fin des cours, il s’était précipité dehors et là, sur le trottoir, en face des grilles du lycée, ses potes et lui avaient vaguement réfléchi à quoi faire. 
Fatza avait proposé d’aller taper un foot contre les manchots du quartier sud, histoire de leur mettre une bonne branlée. Axel voulait s’engloutir une maxi-frite et un Sunday caramel au Mac Do, Killian et Nikita se roulaient déjà des grosses pelles bien baveuses et lui, lui il ne voulait rien de tout ça. Alors il leur a dit, sans moi les gars, faut que je rentre, à plus dans l’bus et là bien sûr il s’est fait traiter de lâcheur et de relou, Nikita lui a dit c’est ça, t’es trop con mais on t’aime quand même, elle avait les lèvres toute brillantes d’une salive qui n’était pas la sienne, il leur a souri et s’est éloigné.

Là où il allait d’un bon pas, sa besace du surplus de l’armée lui battant le flan, personne ne l’y suivait jamais. C’était son coin à lui, son refuge, son île déserte, son palais, son tapis volant. C’était un instant volé au fracas du monde, c’était le retour d’Ulysse, le repos du guerrier.   
Ça lui faisait un peu de marche, un bon détour même, mais ce détour il le faisait tous les jours où il ne pleuvait pas et où on ne se caillait pas trop les miches. Un jour comme aujourd’hui, quoi.
Un de ces jours passés à regarder le ciel inaccessible et bleu par le fenêtre pas très propre d’une salle de cours surchargée. Les corps transpirent pendant que les esprits somnolent dans les vapeurs trop sucrées des parfums des filles. Une de ces journées où l’on se dit sans pouvoir s’y résigner que c’est encore une journée de foutue, une journée de plus sauvagement sacrifiée sur l’autel de l’Éducation Pour Tous, les élèves sont des oies qu’on gave mais les oies sont gavées, elles ne peuvent plus rien avaler mais elles doivent rester là, le dos bien voûté sur leurs putains de chaises en bois qui finissent par vous faire rentrer le coccyx dans les amygdales. Pendant ce temps le printemps passe.

Et le ciel reste vide. 


Il aurait pu prendre le bus jusqu’à la gare, le parc Verlaine était juste en face et ça lui aurait économisé vingt bonnes minutes de marche, mais il n’en pouvait plus de se retrouver coincé entre des corps qu’il ne choisissait pas. En cours, dans les couloirs, au réfectoire… Partout. Tout le temps. Alors, les transports en commun ? C’était au-dessus de ses forces. Et puis, il aimait marcher.
Mains dans les poches et nez en l’air, il se laissait traverser par les bruits, les odeurs, les visages, les regards. Il était sans filtre et sans mémoire. Il était vacant, totalement ouvert à tous les vents et aux moindres détails. 
Ici, ce pissenlit têtu entre pierre et bitume et juste à son pied, précisément à son pied, une plume. Et là, ce haut mur noirci chapeauté de tuiles rouges dont seules trois sont ébréchées, qu’y avait-t-il donc derrière ?  un entrepôt ? Un terrain vague ? Un manoir en ruine ? Ou bien rien que le néant, si ce mur qu’il longeait était la seule frontière entre lui et le rebord du monde ? Et là encore, cette myriade de taches entre vert et gris sur le blanc tape-à-l’œil des dalles de la rue piétonne : l’arrogance du faux marbre vaincue par des milliers de chewing-gums usagés !

Mais aussi. Les franges élimées d’une écharpe qui n’a plus de couleurs. Un regard aussi bleu et froid qu’un glacier. Des lèvres rouges et charnues comme des cerises. D’autres toutes pincées, réduites à un simple trait amer. Là, un chapeau tout noir sur un crâne tout chauve. Ici un tout petit dragon tatoué sur une nuque fragile.

Mais encore. Une odeur de gâteau qui rappelle que la douceur existe et tout de suite après, l’odeur de pourriture d’une poubelle qui déborde. Les odeurs de fleurs, de merdes de chien, du pain qui cuit, des gaz d’échappement, de l’herbe tondue, de l’urine.

La vie, quoi.


A l’entrée du parc il y avait Dédé. Il y avait aussi la couverture de Dédé, les sacs de Dédé, deux grands sacs bleus Ikea (ils pourraient quand même lui filer du fric, avec toute la pub qu’il leur faisait), un autre à carreaux bleus et rouges avec une fermeture éclair, il y avait enfin le caddy de Dédé avec dedans tout le fourbi de Dédé. 
Il faisait partie du décor, comme le petit muret contre lequel il s’adossait, comme la grille en fer forgé que le gardien fermait tous les jours à 20h, comme les arbres derrières et les allées sablées et les jeux pour enfants et les bancs et les mômes qui braillent et les mamans qui papotent et les nounous qui baillent.

Il était là, Dédé, avec sa barbe dégueulasse (c’est mon bavoir et mon garde-manger, petit !), ses yeux pétillants et ses chicots de guingois dans sa bouche qui se marrait tout le temps.
Il lui a refilé les trois bouts de pain qu’il avait chouravés à la cantine (surtout pas de crouton, hein, tu voudrais que je les mâche avec quoi ?), les deux vache-qui-rit et le yaourt à la cerise. Dédé, il préférait ceux à la fraise mais là, il n’y avait plus le choix, alors bon la cerise ça change un peu, et puis ça reste un fruit rouge.

Il a poussé les grilles et a pris sur sa gauche, vers le kiosque à musique puis l’étang. Il allait devoir marcher encore un peu, croiser encore quelques chiens au bout de quelques laisses (grâce auxquels il avait acquis une certitude : ce sont les chiens qui promènent leurs maîtres, et non l’inverse), s’interroger sur quelques joggeurs (vers quoi courent-ils ? Ou que fuient-ils ?) et mater les culs gainés d’acrylique de quelques sportives enthousiastes.

Enfin il le verrait. Son Penseur de Rodin, son Guetteur, son Ecouteur, son Pleureur, son Saule. 
Il prendrait ce tout petit sentier qui le mènerait à cette toute petite presqu’île. Il ferait bien gaffe à ne pas marcher dans les fientes de canard. Il écarterait le lourd rideau végétal qui se refermerait sur lui et sur le monde, enfin. Après l’avoir essuyé, il s’installerait sur son siège de fortune, une planche de récup’ sur deux parpaings. Les jambes allongées devant lui, le dos collé au tronc, il soupirerait d’aise et fermerait les yeux. 
Alors, le bruissement si particulier du feuillage dans la brise, cette chanson de pluie à lui seul adressée, ce murmure de cascade où son âme irait boire, il s’en emplirait, il s’y vautrerait, il en pleurerait un peu, aussi. Il en oublierait l’espace, le temps et l’attraction terrestre, il s’y dissoudrait.

Puis il renaitrait aux mondes. 

En premier, il y aurait ce monde végétal et mouvant à l’odeur de mousse et d’humus. En écartant lentement les feuilles il y aurait le deuxième monde, l’aquatique, l’impalpable, l’étang comme une flaque de mercure et peu importe ce qui peut vivre en son ventre, dans ses eaux lourdes et son odeur de vase. Il y aurait le minéral, dont il ignore tout et dont il ne veut rien savoir et pour finir, le dernier des mondes. Le sien. Le nôtre. Celui qu’on habite, qu’on saccage, qu’on oublie, qu’on subit, qu’on domine. Ce monde qui l’interpelait, l’agressait, le choquait, l’énervait, le harcelait par sa fureur cacophonique et nauséabonde, il aurait de nouveau la force d’y tenir sa place le temps qu’il faudrait, le temps qu’il pourrait. Jusqu’à sa prochaine visite.

C’était le but.

Sauf qu’il y avait cet attroupement autour du kiosque à musique et c’était tout à fait inhabituel. 
Cet assemblage de bois gravé à la pointe du couteau des initiales de générations d’amoureux qui s’étaient bécotés sur ses bancs, personne n’y prêtait plus attention. Les tourterelles avaient chassé les tourtereaux, et le blanc-gris dégoulinant des crottes de pigeons avait peu à peu recouvert les peintures vives qu’il arborait du temps des valses musettes et des quintets à corde, des robes à frous-frous, des ombrelles, des canotiers et des moustaches en guidon de vélo.

Agacé par ce fâcheux contretemps, il s’approcha néanmoins. Ce n’était pas de la simple curiosité, c’était sa philosophie de vie.  
Veni, vidi. Je suis venu, j’ai vu (le « j’ai vaincu », il le laissait aux autres et oui, il faisait du latin et en plus, il aimait ça, autant que la littérature classique, les maths et la physique et non, il n’était pas pour autant l’intello de service, le fayot des profs et la tête de turc de la classe. D’accord ses potes le surnommait « Boss », mais ça n’avait rien à voir, c’était juste parce qu’il s’appelait Hugo alors Hugo Boss, ça les faisait marrer et lui aussi d’ailleurs, et valait mieux se faire appeler Boss que Larbin ou Balais à Chiottes). 
Ce qu’il avait compris, c’est que la vie est un spectacle et que tant qu’à y assister, mieux valait le faire du premier rang et n’en pas perdre une miette.
Il fendit donc le groupe qui lui barrait le passage pour se retrouver face à cet homme qui haranguait les passants depuis le kiosque délabré dont il avait fait son estrade.

« … et en vérité je vous le dis, l’heure n’est plus au repentir… » 
Ah le con. Il s’était planté dans la programmation de son téléporteur, ou quoi ? Il se croyait à Central Park ? Ben non mon gros, t’es juste à Trifouillis-les-Plages, là où tes potes prédicateurs ne mettront jamais les pieds parce qu’il n’y aura jamais personne pour les écouter.

« … la Colère Divine est sur nous, nous L’avons attirée, nous L’avons méritée. Elle était écrite et Elle va se déchaîner, n’en sentez-vous pas déjà le Souffle ardent ? »
Le bonhomme mettait des majuscules partout. C’en était gonflant.

« … L’Armageddon est proche, j’en suis le Messager ! »
Non mais franchement. Avec sa coupe de Playmobil, son corps de lâche et ses poils sur les bras, ce type se prenait vraiment pour un messager ? Il avait encore un peu de taf avant d’être crédible, à commencer par un total relooking et pas mal de muscu. Ce qui ne changerait rien à son insupportable voix de crécelle mais bon, nobody’s perfect, ce serait déjà mieux.

« Par la main de Dieu, nous allons tous périr… »
Waouh le scoop. Il croyait lui apprendre quelque chose, là ? Comme s’il ne savait pas déjà que dès le jour de sa naissance il avait été condamné à mort ? Et que c’était pareil pour tout le monde, même pour les gens qu’on aime ?

« … la race humaine s’éteindra… »
Ah d’accord, c’était là où il voulait en venir. Bon alors là, rectification immédiate. La race humaine s’éteindra, certes, et dans un avenir relativement proche à l’échelle de l’histoire de la Terre vu que la sixième extinction de masse est déjà en cours et que c’est un fait avéré, re-certes, mais certainement pas par la main de Dieu. 
C’est la main de Dieu qui balance à la mer des millions de tonnes de bouteilles plastique, de pétrole, de métaux lourds et de déchets radioactifs ? Non, c’est la main de l’homme. Il est bien assez con pour faire ça tout seul, l’homme. Et si quelqu’un appuie un jour sur le bouton rouge, histoire de faire un feu d’artifice à coup de bombe H, ce sera aussi un homme. Un homme qui se prend pour un dieu, ça oui, pas de doute là-dessus, mais un homme quand même.

Hugo sentait poindre l’énervement. Par-dessus tout, Il détestait les inexactitudes et les imprécisions, ce dont le discours de cet imposteur était truffé. Et ça commençait à lui chauffer sérieusement les oreilles. 
Mais il savait aussi qu’il allait devoir rester jusqu’à la fin du spectacle et qu’avec un peu de chance, ça pourrait même être drôle. C’était une probabilité de l’ordre d’une chance sur cent, pas beaucoup plus pour l’instant, mais ça pouvait quand même arriver.

Le prédicateur de ses deux continuait malgré tout à s’époumoner, toujours plus rouge, toujours plus postillonnant, toujours plus transpirant.
« Nous ne pourrons sauver nos corps, mais je peux sauver vos âmes. Car quand le dernier homme mourra, ce sera l’heure du Jugement Dernier. Dieu fera son Choix et croyez-moi, croyez-moi quand je vous dis que nous ne serons pas tous élus ! Et savez-vous qui il fera entrer dans son Royaume ? Nous, les Témoins et Messagers des Derniers Jours, nous et nous seuls auront cette chance cet immense honneur… »
Ben oui bien sûr. En gros il aurait fallu qu’il refile son âme et tout son pognon à cette secte de Chevaliers de l’Apocalypse en carton-pâte s’il voulait avoir son entrée au night-club du Grand Barbu. 
Pas de secte, pas de coup de tampon sur le poignet, zéro accès à l’Eternelle Rave-Party, coup de boule du videur et tu repars d’où tu es venu ? N’importe quoi.  Ni lui ni personne n’allait gober ce genre de conneries.  

Et si les gens restaient là sagement sans moufeter, Hugo espérait bien que c’était pour les deux pigeons qui roucoulaient amoureusement depuis qu’ils s’étaient posés sur l’une des poutres du kiosque, et par pour les foutaises proférées par cet illuminé. En tous cas, lui, c’est pour ça qu’il restait. 
« Je sens votre incrédulité, je la connais car j’ai été comme vous, dans le doute et l’aveuglement. Mais ouvrez grands vos yeux, car Dieu est miséricordieux, Il nous envoie des signes, Il nous prévient de l’imminence de l’Apocalypse. Et malheur à ceux qui n’auront pas voulu les voir, car pour ceux-là il sera trop t… »
Trop tard ? 

Non. 
Le timing était vraiment parfait. 
L’homme à bout de souffle avait levé les bras et les yeux au ciel, comptant sans doute darder à nouveau son regard plein de flammes sur la foule impie. 
Il n’en eut pas le temps. 
Avec un délicieux à-propos et une remarquable synchronisation, les deux volatiles de la famille des Columbidés se lâchèrent sans aucune arrière-pensée sur le visage offert à leurs fientes chiasseuses.

Hugo applaudit à tout rompre à ce magnifique numéro puis reprit tranquillement son chemin vers l’étang, une larme de rire au coin de son œil droit.

Il la fit disparaitre d’un revers de manche. 



Sophie FERRARI

samedi 11 mars 2017

Etre Asperger : ça fait quoi de le savoir ?

Bon. Je suis Asperger. 

Je répète. Je me le répète, encore et encore : je suis Asperger. Je suis Asperger. 
Ah. Asperger ? Oui, Asperger. Bon. Ok.
Asperger, vraiment ? Oui, Asperger, vraiment. 
Ah. Ah ah ? Hum... Asperger. Autiste Asperger. Ah. Autiste ? C'est pas pousser le bouchon un peu loin, ça ? Autiste ? Non, parait que non. C'est comme ça qu'on dit. Autiste Asperger.
Mais là, hop, question : ça se prononce comment, Asperger ? Parce qu'il semblerait qu'il y ait deux écoles, quand même. 
Certains psys, la plupart d'ailleurs, (auraient-ils raison ?) prononcent Aspergé, comme une asperge aspergée, et moi ça ne me plait pas trop. Vous imaginez placer ça dans une conversation ? "Désolée, je suis aspergée." 
Bon sang, la pauvre ! Aspergée par quoi, par qui, pourquoi ? Est-elle trempée ? A-t-elle froid, du coup ? Vite, une serviette pour la sécher ! Mais pourquoi dire "je suis aspergée" alors que la formule correcte serait "j'ai été aspergée" ? Serait-elle un peu simple d'esprit ? L'aurait-elle un peu cherché, comme l'arroseur arrosé ? 
Bref, être aspergée ne me convient pas, mais alors pas du tout. Je voudrais bien dire tout ça aux psys qui disent Aspergé (vous aimeriez l'être vous ? Non mais oh !) 
Je me contente de les fixer d'un regard un peu bovin, partant du principe que s'ils sont psys c'est qu'ils savent, et qu'il est inutile de polémiquer avec quelqu'un persuadé de Savoir (avec une majuscule, dans ce cas-là. C'est grâce à ce Savoir chèrement acquis au prix de longues années d'études qu'ils sont de ce côté-là de leur bureau, et moi de l'autre)
Moi, quand je me dis "je suis Asperger", je prononce Aspergueur, à l'allemande, quoi. Vu que ce brave Hans était autrichien, ça semble logique. Et en allemand, le G se prononce GUE, je suis formelle là-dessus. Ce qui m'arrange bien, vous l'aurez compris.
Fin de la digression, revenons-en aux faits. 

Donc, je suis Asperger. Ca fait huit mois que je le sais, maintenant. Huit mois pendant lesquels je n'ai pas écrit une ligne, ni ici ni ailleurs, ni sur le sujet ni sur aucun autre. Huit mois que je digère l'info dans un silence intérieur absolu, monacal, abyssal, total. 
Je m'attendais à une onde de choc, une déferlante à un moment ou un autre, un séisme et ses répliques. Je tendais l'oreille et le dos, sûre que ce calme sidéral n'était que les prémices d'une tempête dévastatrice. 
J'attends toujours. Et rien ne vient. Le calme en moi semble bien s'être installé de façon durable, et c'est tant mieux. C'est... confortable. Reposant. Apaisant. 
Si c'est ça, les conséquences d'être diagnostiquée, je prends. Je prends et je ne lâche pas. Ca fait tellement du bien. Je ne suis plus dépassée par mes émotions. Je me réconcilie avec moi-même. Je m'écoute. Je ne m'en veux pas. Je ne me juge plus. 
J'ai définitivement abandonné mon "faux-self", ce personnage de fiction bien sous tous rapports, dynamique, professionnel, ouvert aux autres, gestionnaire infaillible du quotidien et de ses emmerds, tendant l'autre joue à chaque mandale reçue, toujours debout, toujours "dans le move", toujours dans la lutte. Et toujours dans l'échec...
Pour arrêter l'alcool, j'ai appris beaucoup de choses, dont celle-ci : tant que je considérais l'alcool comme un adversaire et mon abstinence comme une lutte, je perdais. Il a fallu que je comprenne qu'il n'y avait tout simplement plus de combat. 
Là, c'est pareil, exactement pareil. Si combat il y a, je n'ai pas les armes. La preuve ? Je me suis fait mettre K.O systématiquement. J'ai perdu tous les rounds jusqu'à aujourd'hui. Tous sans exception. 

Alors je suis descendue du ring. 
J'accepte. Je m'accepte. Je pense me comprendre chaque jour un peu mieux. 

J'ai décidé de suivre une thérapie comportementale et cognitive (TCC), et ça me fait du bien. Ca me permet de mieux comprendre mes lacunes, mes déficiences liées au syndrome, et de mettre en place certaines choses pour y remédier. 
Ainsi, il est apparu que j'étais incapable de savoir ce que je ressens, hormis la colère et parfois, la tristesse. Incapable de nommer ne serait-ce que dix émotions différentes, moi qui me targue d'être plutôt bonne en français ! Incapable de saisir les nombreuses nuances de nos ressentis. La psychologue m'a imprimé une liste de plus de quatre cents expressions, et j'en étais estomaquée !
Je ne pensais vraiment pas être si ignorante dans ce domaine, et pourtant c'est typique du SA. J'apprends donc à m'observer de l'intérieur, être à l'écoute de ce que je ressens, et j'essaie d'y mettre des mots. 
Bon, la plupart du temps, j'ai quand même l'impression de ne strictement rien ressentir, mais quand une émotion me traverse, j'essaie d'y prêter attention et de la définir. Je me rends compte alors qu'en fait, je ne suis pas en colère, mais triste. Ou frustrée. Ou heurtée. Apeurée aussi, parfois. Bref, c'est nouveau pour moi, tout ça. Mais cet apprentissage est indispensable. La colère, dixit ma psy, est ce qui survient en dernier, parce que les émotions précédentes n'ont pas été identifiées, ni écoutées. Ecouter sa tristesse ou sa frustration dès qu'elle apparaît évite de se retrouver en colère plus tard. 
Et ça marche. 

Grâce à cette thérapie, j'arrive aussi à cerner de mieux en mieux ce qui me convient, et je commence même à pouvoir l'exprimer. 
J'ai besoin de calme, de silence, j'ai besoin que mon chez-moi soit en ordre, j'ai besoin de pouvoir passer des heures sur un jeu vidéo ou à regarder des séries, j'ai besoin de vêtements doux au toucher et chauds, j'ai besoin de manger sucré, j'ai besoin de me couper les ongles dès qu'ils dépassent le bout de mes doigts, ... j'ai besoin de tout cela et d'une multitudes d'autres petites choses pour me sentir détendue, ces petites choses qui pour la plupart des gens ne sont que des détails mais qui, pour moi, me bouffent la vie si elles ne sont pas en place. 
Et ça aussi, c'est semble-t-il typiquement Asperger ! 

Alors j'aménage ma vie en fonction. C'est beaucoup de changements en perspective, et Dieu sait à quel point ça m'angoisse, mais il faut que j'en passe par là si je veux vivre enfin de façon confortable. 
Je suis en procédure de licenciement pour inaptitude médicale à mon poste, je devrais perdre mon boulot d'ici une quinzaine de jours. Pas le choix, comment reprendre un poste de commerciale après plusieurs mois à expérimenter le bien-être de ne plus être confrontée à des interactions sociales que je ne maîtrise pas ? 
Il faudrait être masochiste pour revivre cette angoisse permanente, cette pression de tous les instants à devoir décrypter, analyser le langage corporel des gens, les intonations, le contenu de leurs paroles pour au final me planter quasi-systématiquement dans mes interprétations !
Je ne suis pas maso. Donc, basta. J'ai décidé de reprendre des études en informatique, du coup. Rien de bien original quand on est Asperger, mais bon, c'est un domaine qui emploie à tour de bras, et puis les ordinateurs et moi, on se comprend. Je comprend leur logique, je l'apprécie. J'aime la façon dont ils fonctionnent. J'ai 45 ans et je vais être informaticienne. On va dire qu'il n'est jamais trop tard !

Pour conclure ce long article, je dirais que ce diagnostic m'a révélé à moi-même. J'ai enfin trouvé la paix et la compréhension profonde de qui je suis vraiment, dans mon intégralité. 
Tout est cohérent. Tout est respecté. La situation n'est pas rose pour autant, mais la connaitre me permet de ne pas m'entêter à changer des choses en moi ou autour de moi qui ne peuvent pas l'être. J'accepte mes déficiences au fur et à mesure que je les découvre, leur découverte éclaire mes échecs précédents et me donne un but : celui de ne plus jamais les reproduire et de ne plus jamais me faire souffrir. 

Je ne considère toujours pas le SA comme un handicap, mais comme une particularité neurologique qu'il faut que je prenne en compte, comme le fait d'être gauchère, par exemple. Je ne vais pas m'entêter à écrire de la main droite ! 

Alors oui, je suis Asperger. Je ne suis pas que cela, mais je suis aussi cela. Et c'est important. Ô combien. 
Je n'en retire ni joie ni fierté, ni honte ni tristesse. C'est juste un fait dont je m'accommode de mieux en mieux. 

A tous ceux qui ont des doutes ( to be or not to be... Asperger ?) faites-vous diagnostiquer. Faites cette démarche. Ne restez pas sur un auto-diagnostic ou sur une suspicion. Allez-y, go ! Il y a eu tant de positif pour moi à le faire, il ne peut qu'en être ainsi pour vous. 

Après l'obscurité la lumière !













jeudi 21 juillet 2016

Ma psy avait raison !

Je suis Asperger, ma psy avait raison...

Pour Ch. qui a fait mon évaluation, cela tient du miracle que Françoise ait pu déceler chez moi le syndrome, tant il est masqué, compensé par des années de sur-adaptation épuisante et parfois vaine. 
Il est pourtant là et je n'en ai rien su pendant 45 ans. Encore aujourd’hui je ne sais qu'en penser. Cela fait plus d'une semaine que Ch. m'a donné sa réponse lors d'un rendez-vous sur Skype, après plusieurs passages de tests échangés par mail, deux séances sur Skype et un rendez-vous physique de deux heures trente dans les locaux de l'association Actions pour l'Autisme Asperger à Bayonne.
Avant de pouvoir se prononcer, elle a également pris contact avec Françoise, mais aussi ma fille pour recueillir son précieux témoignage. C'est grâce à celui-ci qu'elle a pu mesurer l'impact du syndrome sur ma vie quotidienne et à quel point il pouvait être handicapant.
Car moi, je n'en ai pas conscience, finalement. D'ailleurs j'ai été incapable de répondre à une question pourtant essentielle : "donnez-moi quelques exemples de maladresses sociales."
Ca semble simple, dit comme ça, mais c'est pourtant totalement paradoxal. Si je me rendais compte que je commets une maladresse, je ne la ferais pas ! 
Je ne peux malheureusement qu'en constater les résultats, sans en deviner les causes. Oui, les gens s'éloignent de moi (enfin, certains, pas tous heureusement !), oui j'ai systématiquement des problèmes avec ma hiérarchie dans le cadre de ma vie professionnelle, non je n'arrive pas à rentrer dans la plupart des conversations et oui je me sens très mal à l'aise dès que je suis face à plus de deux personnes mais pourquoi ? Je n'en sais fichtre rien. Alors comment en parler ? 
Comment parler des anomalies de mon fonctionnement alors que je n'en ai pas conscience moi-même ? 
Aux thérapeutes qui me liraient : vous soupçonnez un effet Barnum chez votre interlocuteur ? L'absence de réponses à cette question devrait lever vos doutes plutôt que de vous conforter dans votre opinion. On ne peut pas parler de quelque chose qui fait totalement partie de nous et dont on n'a pas conscience, cette absence de conscience étant justement la cause de tous nos problèmes !

Maintenant que je me sais Asperger, à l'issue d'une évaluation fiable car très sérieusement menée, j'ai deux objectifs :
Le premier, comprendre au mieux mon fonctionnement, en saisir les limites mais aussi les atouts, car il y en a forcément. 
" Accepter ce que je ne peux pas changer et changer ce que je peux, avec la sagesse d'en connaitre la différence".
Sérénité, sagesse, courage... Ceux qui connaissent la Prière de la Sérénité si pratiquée en A.A., merveilleux outil pour l'atteinte de la sobriété, comprendront... 
Le second, me construire sur ces nouvelles bases, me développer en harmonie avec ce Moi dont je détiens enfin les clefs. 
Une piste que je commence seulement à creuser, mais qui me semble passionnante : la désintégration positive. Mon nouvel intérêt restreint ?

Je ne sais pas, je me sens épuisée, vidée mais aussi très calme et intérieurement silencieuse. Pas de ce silence angoissant car signe de calme avant la tempête, non, le silence de la paix intérieure et l'apaisement. 



Parfois je pense "je suis autiste Asperger." Je tends l'oreille, à l'écoute du moindre signe de colère, de tristesse, de rejet, de frustration. Rien. 
Cela ne sonne ni comme une sentence ni comme une révélation. C'est juste une constatation, une description objective de ma réalité. 
Quand Françoise m'a demandé ce que cela me faisait d'avoir enfin mon diagnostic, je lui ai répondu que je n'en savais rien, que pour une fois je n'avais aucun mot, que je n'arrivais d'ailleurs même pas à en parler sur mon blog, alors que je pensais que je m'y serais ruée dès l'annonce du résultat. 
Que je sentais que c'était là, au fond de moi mais que ça ne remontait pas à mon cerveau et que je n'avais finalement pas envie de le partager mais de le garder en moi, bien au chaud.
Elle a trouvé que c'était plutôt bon signe, que je n'étais pas en phase d'acceptation contrairement à ce que je pensais, mais que je l'avais déjà intégré. Là encore elle avait raison.

Je ne peux que la remercier pour sa clairvoyance, son humanité sans faille et ses compétences professionnelles. Sans elle je serai encore dans l'errance et l'ignorance.

A tous les bretons qui me lisent car se sentant concernés par le Syndrome d'Asperger, soit pour eux-mêmes soit pour leurs proches, sachez que nous avons la chance d'avoir quelqu'un comme elle dans notre région.

Quant à Ch., la psychologue qui a réalisé mon évaluation, sa disponibilité, son efficacité et sa bienveillance furent admirables. Merci à elle, ô combien.

Je vais devenir membre de leur association, je leur dois bien ça, d'autant que la présidente Mme Stourzde, grâce à qui j'ai pu finaliser ce diagnostic en un temps record (comparé aux délais d'attente du CRA) m' a affirmé que je pouvais compter sur leur soutien et leurs compétences quant à mon insertion professionnelle.

Aujourd'hui est un beau jour.

Je suis Asperger.

Et je le sais.




vendredi 15 juillet 2016

le dernier jour

LE DERNIER JOUR


" Se réveiller après un sommeil sans rêve, s'asseoir au bord du lit, poser ses pieds nus au sol et en sentir l'agréable fraîcheur. 
Prier. Merci mon Dieu. Juste merci. 

Boire un thé fort et un peu amer sur le balcon, le regard perdu neuf étages plus bas, à regarder sans le voir son quartier qui sort de la nuit. 
Calme, d'un calme jamais éprouvé, ranger et nettoyer, essuyer la vaisselle égouttée, faire briller l'évier.
Puis s'asseoir à la table de la cuisine, goûter le silence, la chaleur qui monte lentement par la fenêtre ouverte sur ce beau jour d'été. 
Respirer. 
Ecouter son cœur battre et ne rien faire d'autre. Non, rien d'autre.

A l'heure la plus chaude, s'allonger dans la douce obscurité de la chambre, fermer les yeux, ne pas penser.
Respirer.
Se lever enfin, un peu moite, tirer le drap, en effacer le moindre pli et prier à nouveau. Mon Dieu regarde moi, regarde ma Foi. Que ta Volonté soit faite, mon Dieu. Je crois en Toi.
Laisser passer les heures, attendre encore et encore, immobile à la table de la cuisine. Croiser les mains pour qu'elles ne tremblent pas. 
Fermer les yeux pour qu'ils ne cillent pas. 
Respirer.

Au coucher du soleil, prier à nouveau. A Toi qui ne demande rien, je t'offre ce cadeau, Mon Dieu. Tu es grand, seul et unique. Grâce à moi ton Nom sera loué. Tel est mon présent. 
Puis prendre ses clés, franchir le seuil de l'appartement, le regarder une dernière fois, propre et ordonné, fermer la porte à clé.
Monter dans le fourgon, le faire démarrer, conduire dans la ville déserte jusqu'à la mer, se garer pas trop loin, à l'endroit maintes fois repéré, laisser tourner le moteur, attendre encore un peu, pas longtemps, juste le bon moment.
Regarder le ciel s'embraser de mille teintes, les fusées du bouquet final envahir la nuit et retomber en pluie incandescente, puis laisser mourir les applaudissements des milliers de spectateurs venus assister au spectacle du feu d'artifice se reflétant sur la mer, attendre que la foule commence à se disperser. 
Essuyer sur ses cuisses ses mains en sueur, les crisper sur le volant.
Respirer.
Maintenant. 

Passer les vitesses. Accélérer. Ne pas freiner.
 Ni au premier impact, ni aux suivants. 
S'autoriser un très court instant à fermer les yeux sur les tous premiers corps écrasés, puis se jurer de les garder grands ouverts jusqu’au bout.
Respirer. 
Prier. 
Dieu est Grand. 
Continuer jusqu'à la fin. Ne pas dévier malgré les hurlements, les heurts, les pleurs. 
Respirer. 
Prier. 
Dieu est Grand.

Ne pas trembler quand les premiers coups de feu résonnent, ne pas paniquer quand le première balle transperce le pare-brise.

Respirer une dernière fois.
Tuer une dernière fois.
Prier une dernière fois.
Dieu est Grand.
Dieu est Grand.
Dieu est Grand.

Puis mourir "

- S.F. -

Ce peut-il que ce soit aussi ...simple que cela ?


Jonglerie

JONGLERIE



" Un korrigan

A catogan

En cardigan

Perdit le gant

De l’élégant 

Perdigan. "

- S.F. -







*

*            *

hommage

Cet étrange haïku s'est imposé à moi la veille du tragique attentat de Nice qui nous bouleverse tous tant ce matin.

D'où le titre...


HOMMAGE


" Les roses sont pourpres

Du sang de nos morts.

Me faut-il les aimer ? " 

- S.F -


mercredi 1 juin 2016

mondes parallèles...

mardi 31 mai, 23h30 :




La réalité n'existe pas. 
La réalité n'existe pas, parce que l'objectivité n'existe pas.
Et l'objectivité n'existe pas, parce que nous sommes humains.

Je viens de m'en rendre compte aujourd'hui. Ce sont des choses auxquelles j'ai déjà pensé, mais sans approfondir. Là, il va bien falloir que j'aille au bout de mon raisonnement, sinon ça va me bouffer la tête. Les mots vont s'écrire encore et encore dans mon cerveau, je n'arriverai pas à dormir, et à deux heures du matin il faudra que je me relève pour les noter quelque part.
donc raccourci, gain de temps, je les écris maintenant. 

Alors reprenons. 
J'affirme que la réalité n'existe pas, je vais nuancer : la réalité existe, mais hors de la perception humaine. Je vous assure que c'est vrai : rien, aucun élément, aucun événement ne peut rester purement factuel dès lors qu'il est appréhendé par le cerveau humain. Et pourquoi ça ? Parce que nous mettons forcément des filtres à toutes les situations que nous vivons, et que ces filtres sont purement subjectifs et infiniment variables d'un individu à l'autre.
Notre cerveau enregistre énormément de paramètres sur notre environnement, instantanément, constamment mais fort heureusement, en "tâche de fond". Les informations arrivant à notre conscience ont d'abord été traitées et triées en fonction de paramètres qui sont propres à chacun. Et elle sont interprétées, forcément. Par nos sens, notre éducation, notre environnement social, notre morale, notre savoir, nos expériences, et que sais-je encore. 

Dès lors, que reste-t-il d'objectif dans ce je vois, dans ce que je vis ? Quelle réalité commune pouvons-nous partager ? En existe-t-il une, au moins ?

Quand la profession hôtelière se réjouit d'un bel été, les agriculteurs se plaignent de la sécheresse. Alors oui, il fait beau, mais pour qui ? Par rapport à quoi ? 
Dans les faits, il a fait doux et il n'a pas plu pendant deux mois. Pour la plupart des gens, cette réalité deviendra celle d'un bel été, et c'est le souvenir qu'ils en garderont, alors que pour d'autres, cet été-là restera un mauvais souvenir. Subjectivité.

Un autre exemple. Placez dix collaborateurs dans une même salle pour une réunion de travail. Un seul et même contexte : deux heures à écouter un intervenant sur une thématique professionnelle, dans une salle climatisée à 20° et éclairée aux néons. 
Une seule réalité, vécue pourtant de dix façons différentes : le premier s'ennuiera à mourir pendant que le second sera captivé, le troisième trouvera les sièges inconfortables alors que le quatrième s'amusera à tenir en équilibre sur les deux pieds arrière, le cinquième sera le seul à avoir trop chaud, le sixième remarquera qu'un néon clignote, ce qui ne dérangera personne à par lui, etc... Et les souvenirs que chacun en gardera seront très différents, alors que tous ont apparemment vécu la même chose. 

Hier, ma psychothérapeute m'a lu un courrier que lui a envoyé mon père à sa demande, puisqu'elle cherche à "pister" le SA dans mon enfance et ma petite enfance. Mon père s'est donc prêté à l'exercice (ce dont je lui suis reconnaissante) et a rédigé un texte extrêmement factuel, décrivant certains événements marquants de notre histoire familiale avec beaucoup de distance, sans implication émotionnelle. 
Cette liste de faits semble très objective, puisque uniquement descriptive, chronologique, informative. 

Sauf que.

Elle en est bien loin. Que d'omissions ! Que d'interprétation ! Que de subjectivité !
Ce qu'il écrit est si éloigné de mes propres souvenirs, les conclusions qu'il en tire sont tellement "jugeantes" et péremptoires, persuadé qu'il est de détenir LA vérité, la vision qu'il a et qu'il a toujours eu de moi est tellement loin de qui je suis vraiment !
Nous avons vécu les mêmes choses pourtant, mais de façon si différente qu'il en résulte deux réalités diamétralement opposées. Nous vivons dans deux mondes parallèles qui, par définition, ne se rencontreront jamais. 



Je comprends aujourd'hui à quel point ça a toujours été difficile pour lui de m'aimer, les filtres qu'il a dès qu'il pose le regard sur moi sont tellement déformants ! 

Alors oui, j'ai mal. J'ai très très mal même si j'avais compris cela depuis bien longtemps. Les plaies que je pensais cicatrisées sont à nouveau ouvertes, ça fait 45 ans qu'elles tentent de se refermer, en vain.

Et voilà comment je réagis. Voilà comment fonctionne mon cerveau : j'intellectualise, j'élabore de toutes pièces une théorie qui a déjà été développée avant moi, par des gens bien plus compétents et avec bien plus de talent. Sauf que moi, c'est ma pensée propre. Je n'ai jamais rien lu à ce sujet, même si je sais que cette théorie existe. 
Voilà à quoi me sert mon HQI : à réinventer l'eau chaude ! le fil à couper le beurre ! le pas de vis ! pi ! le zéro ! 

C'est dramatiquement inutile. Mais c'est mon fonctionnement. 

Je crois que ça me permet de me tenir à distance de mes émotions pour un temps. A distance de mon cerveau, mais pas de mon corps. Elles viennent se nicher à des endroits précis, c'est d'ailleurs grâce à cela que je peux les identifier. 
L'angoisse me chatouille le plexus solaire. 
La colère me serre l'estomac.
La tristesse, c'est comme un poids au niveau du cœur.
L'amour, c'est aussi au niveau du cœur, mais c'est comme une porte qui s'ouvre.

Aujourd'hui, je sais que je suis en colère, angoissée et très triste. 
Ca passera, comment et dans combien de temps je ne sais pas, mais ça passera.

En tous cas, à cet instant précis j'en déduis deux choses, deux toutes petites certitudes mais qui n'en sont pas, vu le nombre de questions qu'elles posent :

La première, c'est que je devrais me sentir soulagée, car  libérée du regard et du jugement de mon père. Car enfin, à quoi bon vouloir encore essayer de ressembler à l'image qu'il a de moi, puisque c'est totalement impossible ? A quoi bon tenter de ne pas le décevoir, puisqu'il le sera forcément ? A quoi bon tenter de lui expliquer, puisqu'il n'entendra pas ? A quoi bon vouloir à tout crin lui faire partager ma réalité, puisque de son monde il ne peut même pas la concevoir ?

La deuxième, c'est que je peux finalement étendre ce raisonnement à tout ce et tous ceux qui m'entourent. Cette société n'est pas la mienne, ce monde du travail n'est pas le mien, ces codes n'ont aucune raison d'être dans mon monde à moi, ma réalité n'est pas, et ne sera jamais la vôtre. Et bien sûr, réciproquement. Alors, le titre de mon blog serait-il purement utopique ? Est-il possible de créer des passerelles entre nos différents mondes ? Est-ce souhaitable ? Est-ce faisable ? 
Ne ferais-je pas mieux de couper au contraire tous les ponts, de peaufiner ma planète et de ne laisser surtout à personne le pouvoir de la détruire ? 

Voilà en tous cas un témoignage objectif de ma totale subjectivité, voilà ce qui se passe en moi dès lors que mes neurones s'agitent un peu trop fort. Alors, typiquement Asperger ou pas du tout ? Je n'en sais rien, vous en pensez quoi, vous ?
Et vous, comment gérez-vous vos émotions ? Le partage serait intéressant.
Je ne sais pas si vous pouvez laisser des commentaires sur mon blog, vu que je n'en ai aucun pour l'instant. Mais si c'est le cas, et si vous souhaitez réagir, n'hésitez pas à le faire.
Sinon, écrivez-moi par mail à unpontentredesmondes@gmail.com, je serais ravie d'entamer toute discussion à ce sujet !


PS : Au hasard de mes pérégrinations sur le web, je tombe sur le PDF intégral d'un ouvrage intitulé "L'univers est un hologramme", de Michael Talbot. Une fois téléchargé, j'entame la lecture de la préface, signée du journaliste et écrivain Patrice Van Eersel. Et voilà ce que j'y lis :

S'il fallait raconter en une seule mot la Renaissance qui, à partir du XVe siècle engendra la modernité, on pourrait, je crois, s'arrêter à celui-ci : lentille - que les opticiens appellent aussi objectif.
La lentille permet de construire des microscopes et des télescopes, et donc de pénétrer les univers infiniment petit et infiniment grand. Elle constitue surtout un filtre traducteur entre le monde (inconnu à priori) et notre conscience (qui nous est donnée d'emblée). [...]
En réalité, c'est toute une vision du monde que la lentille va introduire à partir du XVIe siècle : peu à peu, seuls ses "filtrages" seront reconnus comme représentants légitimes du réel. Et comme une lentille (objectif) ne peut traduire le-dit réel qu'en terme d'objets [...] , seuls les objets seront donc décrétés vraiment "réels". La phrase "ceci est objectif" deviendra synonyme de "ceci existe". Alors que "cela est subjectif" voudra plutôt dire -derrière une aumône de reconnaissance, au nom de la liberté d'opinion- : "cela est sujet à caution" ou "cela relève du fantasme", et donc, au bout du compte, "cela n'existe pas".

Voilà de quoi étayer mes réflexions... et les vôtres aussi, en tous cas je l'espère !